Il y a des phrases récurrentes. Répétées inlassablement, à chacun de nos gestes, à chacune de nos intuitions. Des avertissements, des recommandations, des conseils. Toujours accompagnés d'un regard réprobateur et d'un sourire qui condamne. Elles sont nées d'une société dirigée par la consommation de masse, de doctrines anciennes et non vérifiées, de certains personnels de santé mal formés et peu informés, d'enquêtes très sérieuses sponsorisées par des marques de couches ou de lait en poudre. Elles survivent grâce à la croyance populaire. Elles sont devenues les diktats d'une éducation où l'instinct maternel, la nature de l'enfant et ses besoins fondamentaux sont laissés pour compte et annihiler.
Décryptage détaillé, en deux partie, de ces conseils hasardeux et injustifiés,
entre opinion personnelle, expérience et véritables
recherches.
Vos enfants ne sont pas vos enfants.
Ils sont les fils et les filles de l'appel de la vie à elle-même.
Ils viennent à travers vous mais non de vous.
Et bien qu'ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.
Vous pouvez leur donner votre amour mais non vos pensées.
Car ils ont leurs propres pensées.
J. Salomé - Papa, maman, écoutez-moi vraiment
PARTIE 1 :
- « Laisse pleurer bébé »
Et ses variantes : « Il a besoin de pleurer »,
« Tu ne peux pas accourir dès qu’il pleure, faut qu’il apprenne la vie »
« Faut le laisser pleurer, tu n’es pas son esclave » « Si tu
viens à chaque fois qu’il pleure, tu es foutu, il aura gagné »
C’est la première phrase que tu entends à la naissance de bébé, juste
après les félicitations d’usage. Le 1er
bon conseil qu’encore trop de gens appliquent. Entendu à la télé, lu dans des magazines,
préconisé par des amis. Dit et répété par presque toutes les personnes de ton
entourage, déjà parents ou pas. Répété encore et encore, sans en saisir
réellement le sens, sans même se demander l’impact scientifique et émotionnel que
cela provoque. Car oui, c’est loin d’être sans risque, à court comme à long
terme. Quand Lou-les-grosses-joues est née, j’ai aussi reçu cette
recommandation. Je n’ai jamais eu de réponse fondée quand je demandais « Mais
pourquoi faut-il que je la laisse pleurer? Je suis sa mère, ne
devrais-je pas répondre à ces besoins, qu’ils soient vitaux ou affectif ? ».
On m’encourageait à ne pas me laisser faire ( ?), on m’assurait, par
expérience, par on-dit, que c’était la seule façon de la rendre autonome, que
je ne lui rendais pas service à la prenant dans mes bras chaque fois qu’elle
pleurait. Ce mythe est si encré dans nos croyances populaires qu’il est quasi
impossible de s’en défaire et de convaincre que non, laisser pleurer un bébé n’a
jamais été bénéfique pour lui et ne lui a jamais fait du bien. Jamais. Ce n’est
pas un moyen de l’autonomiser ou de l’aider à le rendre plus dépendant !
Tout le contraire.
John Bowlby, psychiatre
et psychanalyste anglais est célèbre pour ses travaux sur l'Attachement dans la
relation mère-enfant. Il explique dans le volume 1 de son livre « Attachement et perte » que plus
l’enfant se sent rassuré, consolé, cajolé et aimé, plus il a confiance en lui,
plus il s’ouvre au monde et acquiert en autonomie rapidement. « Dans
nos sociétés actuelles, on cherche à séparer
le plus vite possible le corps du bébé de celui de sa mère, sous
prétexte de favoriser son autonomie. Dans la plupart des cultures
traditionnelles, il est rare d’entendre les bébés pleurer : on répond
systématiquement aux pleurs. Laisser pleurer un bébé est considéré comme
cruel. » (Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau, Ne pleure plus, bébé). Nous
sommes les victimes d’une prétentieuse supériorité, qui nous vantons de
vivre dans un pays sur développé, tout en continuant d’utiliser des méthodes
barbares et dépassées. Tenter de dresser un petit être sans essayer de le comprendre
en refoulant notre propre instinct n’aident pas à mieux vivre notre
parentalité. Car l’Instinct (Ensemble des comportements animaux ou
humains, caractéristiques d'une espèce, transmis par voie génétique et qui
s'exprime en l'absence d'apprentissage.) ne nous dicte EN AUCUN CAS de
laisser pleurer notre bébé. Notre Instinct sait qu’il n’y a rien de naturel
dans ce comportement. Notre espèce ne s’est séparée du bébé que parce que, tout
d’un coup, au XIXème siècle, la société de consommation a décidé qu’il fallait
laisser notre enfant allongé à plat, loin de notre corps, de notre chaleur, de
notre odeur, une grande partie de la journée et toute la nuit, pour mieux nous
vendre poussette, transat, parc, tapis d’éveil, berceau. Et bien sûr, comme ça
ne convient pas à l’enfant ni physiologiquement, ni émotionnellement, il
pleure. On nous a donc persuadé qu’il fallait laisser le pleurer, pour
l’éduquer, le contrôler, lui apprendre. « Il est bien préférable de le
laisser couché et, sans pitié pour ses cris, de ne pas lui donner la déplorable
habitude de l’avoir tout le temps sur les bras » (Dr Rehm, Nouvelle
encyclopédie pratique de médecine et d’hygiène, 1922)
Depuis, malheureusement,
ces diktats arriérés sont encore dans la tête de beaucoup trop de parents. « Laisse-le
pleurer » c’est aussi et surtout LA phrase préférée des gens qui tente de
se déculpabiliser pour continuer à vivre leur vie d’avant. Car il ne faut pas,
n’est-ce pas, devenir « l’esclave » de notre enfant. Il ne faut pas
se laisser faire. Il ne faut pas se faire manipuler, par ce petit être vil et
pervers qu’est notre enfant. Mais finalement, pourquoi faire un enfant,
s’il est inconcevable pour nous de bouleverser son quotidien, d’accepter de changer
ses priorités, de se rendre compte que nous parlons simplement d’une vie
humaine ? Une vie humaine qui débarque sur cette Terre qu’il ne connait
pas. Une vie humaine qui passe de l’obscurité à la lumière, d’un contour a du
vide, de la chaleur constante aux changements de température, de l’eau à l’air.
Qui découvre la faim, la douleur, le bruit, la peur et tout ça en même temps.
Qui est dépendant, totalement et absolument de sa mère et de son père. « Il y a une période, s’étalant sur près d’un
an, qu’on peut qualifier de grossesse hors utérus (fœtus ex utero), où le développement des systèmes nerveux,
digestif, immunitaire, etc., se poursuit et où le bébé est complètement
dépendant de l’adulte pour sa survie et son bien-être. » Le bébé à un
seuil de tolérance au stress presque nul. Un rien l’angoisse. Eduard Punset, le confirme dans son
livre « El viaje a la
felicidad : las nuevas claves cientificas » (Le voyage du bonheur : les nouvelles clés scientifiques): Ce qui est sûr, c’est que les bébés ne
peuvent absolument pas gérer leur stress. Ils ne peuvent pas se défaire de leur
propre cortisol, comme nous les adultes. Pour eux, c’est leur survie qui est en
jeu !
S’il pleure,
ce n’est jamais pour rien. Ce n’est jamais bon. Pourquoi refuser le réconfort
de nos bras, de notre corps ? Pourquoi avoir si peur de son propre
enfant ? Carlos Gonzalez, pédiatre
espagnol, dans son très bon livre
« Besame mucho » (Embrasse-moi
beaucoup, qui vient de sortir en France sous le titre de « Serre-moi
fort ») ironise très bien la réalité : « Depuis des
siècles, médecins, éducateurs et parents ont souvent, consciemment ou non, une
vision très négative de l’enfant. Car nos enfants sont, semble-t-il, nos
ennemis. Ils s’opposent à nous sans raison, multiplient les caprices, cherchent
à n’en faire qu’à leur tête, à nous dominer, à nous écraser. Il convient donc
d’extirper le mal à la racine (…) faute de quoi ces tyrans en herbe deviendront
incontrôlables ! » Ce bébé agit, lui, par instinct et quand il se sent en détresse
physiologique ou émotionnelle, il pleure. Le jour, la nuit, même quand il est
propre, même quand il a mangé. Le laisser pleurer, en se disant qu’il n’a pas
de raison de pleurer car chacun de ses besoins sont satisfaits c’est encore très
prétentieux. C’est surtout minimiser son importance et croire qu’il a juste
besoin de dormir, de manger et d’être propre. L’amour, on verra après. Quand on
aura le temps.
L’AAIMH (Association
Australienne pour la Santé Mentale Infantile) assure que ces pratiques ne
correspondent pas aux besoins émotionnels et psychologiques des jeunes
enfants, et qu’elles peuvent avoir des conséquences négatives à long terme sur
leur santé psychologique. Ce qu’il se passe les premières années dans la vie
d’un bébé, laisse une marque pour toujours. « Les parents doivent savoir
qu’en laissant pleurer leurs enfants sans leur accorder d’attention, ils
peuvent provoquer chez lui des dommages à long terme. Le système nerveux de
l’enfant deviendra anormalement sensible aux traumatismes et aura pour
principal résultat de fabriquer des adultes stressés et anxieux. (Havard
University). Dans son ouvrage, « Un enfant heureux », le professeur Margot Sunderland qui travaille au Centre for Child Mental Health de Londres, s’appuie sur TOUTES les
recherches récentes en matière de développement cérébral et sur TOUTES les observations
que permettent les techniques d’imageries médicale, pour montrer « qu’élever un enfant en ignorant ses pleurs,
même de temps en temps, à des conséquences visibles sur son cerveau, entrainant
de graves déséquilibres chimiques générateurs de problèmes psychiques» On
ne connait pas toujours la raison de ces pleurs. Comme nous, le bébé à un panel
d’émotions et de besoins divers et variés. Une chose est sure, il ne cherche
pas à prendre le pouvoir sur nous, il ne cherche pas à gagner je ne sais quelle
bataille et il ne s’agit pas de caprices.
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- « Ne
cède pas, c’est un caprice »
La première question que je me suis posé face à l’argument sans faille
« c’est un caprice. » c’est : « à quel âge le bébé, le
jeune enfant est-il capable de faire un caprice ? »
J’ai entendu des phrases ahurissantes : « Si
ton bébé veut être tes bras, c’est par caprice », « Si ton bébé
pleure, c’est par caprice », « S’il refuse la poussette, c’est par
caprice » Qu’est-ce qu’un caprice ? Volonté soudaine, irréfléchie et changeante / Désir, volonté subite,
irréfléchie et passagère. C’est donc un besoin immédiat de quelque
chose, de quelqu’un. Un besoin. Un besoin intense d’être pris aux bras, un
besoin extrême d’amour, un besoin désespéré de sortir de cette poussette.
Pourquoi mettre en doute la légitimité de ces besoins ? Le bébé, jusqu’à
ses 18 mois minimum, n’est pas capable de « caprice », au sens
péjoratif du terme. La peur du « caprice » c’est encore une fois la
peur d’être dominé par son enfant. La peur de ne pas réussir, plus tard, à lui expliquer ou à lui refuser quelque
chose. Il est temps de se faire confiance et de LUI faire confiance. Et si, finalement,
il ne s’agissait que d’Amour ?

- « Ne la prend pas aux bras, tu
vas lui donner de mauvaises habitudes »
« Habitude ». Ce mot, c’est LA bête noire.
Tout doit être mis en œuvre pour que l’enfant ne s’habitue pas. Attention ! :
« S’il s’habitue, c’est fichu. » Pardon mais...s’habituer à quoi
exactement ? A nos bras, à notre amour ? Pourtant, il n’y a pas de plus belle "habitude" que celle d'aimer. Le besoin d’être porté
est aussi fort que le besoin de manger, parfois même plus fort. Colette Clark au début de son ouvrage « Le livre de l'allaitement maternel » écrit : « le nouveau-né n'a que trois
besoins essentiels : la chaleur des bras de sa mère, la certitude de sa
présence et le lait de ses seins ». Nos bras, c’est vital pour
lui. « Les bébés humains naissent prématurés d’environ 12 mois. Cette
immaturité explique le GRAND besoin de contact physique qu’ont les petits
d’homme, de jour comme de nuit. » Il y a un dicton qui pourrait
tout résumer : « 9 mois dans le ventre, 9 mois sur le ventre ».
« Le portage, par les mouvements du porteur et les bruits de son cœur,
stimule le système nerveux immature du bébé, et notamment son système
vestibulaire (le système sensoriel principal de la perception du mouvement et
de l'orientation par rapport à la verticale, donc à la base du sens de l'équilibre)
et aide les bébés à mieux respirer, à mieux grandir, régule leur physiologie et
améliore leur développement moteur. Le bébé encore incapable de se déplacer
accumule l’énergie sans pouvoir la décharger autrement que par des pleurs,
alors que s’il est porté par une personne active, les tensions musculaires des
deux, porteur et porté, sont évacués par le mouvement » (Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau, Porter bébé & Ne pleure plus, bébé).
Blaise Pierrehumbert, dans son
ouvrage « Le premier lien »
explique que « ce n’est que quand ses besoins de proximité sont satisfaits qu’un
individu peut s’éloigner de sa figure d’attachement pour explorer le monde
extérieur ». Varenka Marc
assure que « le Holding nous permet, en ne séparant pas trop tôt notre bébé de notre
corps, de l’aider à atteindre sans heurts les phases de différenciation
(jusqu’à 4 mois, le bébé est dans une unité duelle avec sa mère. Ils
constituent un système omnipotent. La mère maintient l’équilibre homéostatique
de l’enfant immature, sujet à des détresses somatiques génératrices
d’angoisse). C’est à cette condition qu’il accède naturellement à la séparation.
C’est ainsi, paradoxalement, que notre bébé deviendra libre » et
autonome.
Il FAUT prendre son bébé aux bras, le porter, même quand il ne pleure
pas. Surtout quand il ne pleure pas. Lui refuser nos bras, sous le
prétexte fumeux de l’apprentissage de l’indépendance ou de la peur d’en faire un
capricieux, c’est comme lui interdire de manger lorsqu’il a faim. Le
psychanalyste suisse Franz Renggli
sépare les mammifères en 3 formes de développement de la relation
mère-enfant : « les nidifuges, où le petit se déplace dès la
naissance et suit sa mère ; les nidicoles où les petits restent dans un
nid ; et enfin les primates, pour lesquels le nid est le corps de la mère
qui le porte de manière ininterrompue pendant toute la 1ere période de sa
vie ». Nous sommes des primates, le réflexe de Grasping (réflexe
de préhension) qui est toujours présent chez nos bébé jusqu’à ses 6 mois, en
est la preuve ! « Les experts s'accordent presque tous
pour dire que ce réflexe représente un vestige de notre lointain passé »
quand nous nous agrippions à la fourrure de notre mère. « Tout
se passe comme si, en Occident, l’Homme s’était transformé en nidicole, mettant
ses petits dans des nids plus ou moins douillets. Le problème, c’est que les
besoins des bébés, eux, n’ont pas changé. Et que le berceau dont ils ont
besoin, c’est le berceau qui marche, constitué par le corps de leur mère. »
(Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau, Porter bébé.)
Au début, je voyais l’écharpe
comme la solution de la dernière chance. Trop conditionnée par les menaces « d’enfant
capricieux », de « mauvaises habitudes », « d’éducation
foirée », je m’acharnais à essayer de la poser dans son transat, qu’elle
refusait bien évidement. Dès qu’elle pleurait, je la serrais contre moi. Puis je tentais, de nouveau, de la poser. En vain. Je la mettais dans l’écharpe et elle se
calmait instantanément. Je le vivais comme un échec ! J'avais du mal faire à un moment. Pourquoi ma
fille ne voulait pas rester seule ? Pourquoi voulait-elle absolument être dans
mes bras ? Parce que c'est un bébé. Parce que c'est normal. Il m’a
fallu lire de vraies recherches, voir les bons reportages pour m’en convaincre.
C’est une évidence maintenant. Lou est dans l’écharpe, une grosse partie de la
journée. Elle me regarde vivre ma vie d’adulte. Je ne suis pas centrée sur elle constamment.
Elle est spectatrice et elle adore ça. Il est très rare qu’elle pleure la
journée (ni la nuit d’ailleurs). Grâce à notre proximité, elle peut communiquer
avec moi autrement que par le pleur ou le cri. Il a été plus facile pour moi de
repérer ses phases d’éveil, les signes de faim ou de fatigue. Le portage, car
il apporte au bébé tout le réconfort et la sécurité dont il a besoin
absolument, l’aide aussi à l’endormir. Ma fille s’endort tous les soirs, entre
20h et 21h, sans jamais pleurer, toujours sereine et calme. Une chanson ou
deux, une tétée et quelques caresses la font sombrer tout de suite.
Elle est heureuse et ses nombreux sourires en sont la preuve !
PARTIE 2 (Apprentissage du sommeil et allaitement) ICI !
