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BIENVENUE !

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mercredi 9 septembre 2015

Ces phrases que je n'aurais jamais pensé prononcer !

Il est de ces phrases qui, lorsqu'on les prononce, nous font réaliser à quel point notre vie de maman est différente de notre vie d'avant ! 





"Bon ok. Je finirais de faire caca plus tard."
Tout est une question de priorités...

"Ce qui est dans la bouche de maman appartient à maman!"
L'enfant n'a pas le sens du dégoût.

"Heu... Ne cherche pas, je n'ai pas trois seins."
Et vive l'hyper-alternance en période de pic de croissance !

"Que j'aime t'embrasser ! Ah. Tu m'as vomis dans la bouche."
J'aime quand même l'embrasser !

"Mais... C'est quoi ça sur tes mains? Ah. C'est du caca..."
L'enfant qui découvre son corps, c'est tellement merveilleux...

"Ça ne va pas rentrer dans ton nez Lou! C'est bien trop gros, ça risque d'être douloureux."
L'enfant qui découvre son corps...BIS

"Stop! On ne joue pas avec les couilles du chat!"
L'enfant qui découvre le corps des autres, c'est tellement... Oui bon bref.

"Stop! On ne les met pas dans sa bouche non plus !"
L'enfant a de la suite dans les idées.

"Pourquoi l'eau du bain devient verte la? Ah. C'est du caca"
Et la continence, c'est pour quand déjà?

"Heu... Je sais si tu peux téter la tête en bas et les jambes en l'air... Ah si. Tu peux."
L'enfant n'a pas a choisir entre téter et faire de la gym.

"Mais il est gentil l'aspirateur, même s'il est bruyant! Regarde, je lui fais des bisous!"
Etre parent, c'est aussi être un peu con parfois.

"Deux sucettes dans la bouche? Ok..."
L'enfant a du mal a choisir.

"Oh oui, c'est dommage que tu ne puisse pas faire des couettes au chat. C'est vrai, ses poils ne sont pas assez long!"
Vraiment con...

"Ne me lèche pas les orteils chérie!"
L'enfant à des idées un peu chelous...

"Laisse le kiki de ce petit garçon tranquille!"
L'enfant qui découvre le corps des autres... BIS

"Je sais que tu l'aimes beaucoup, mais ça va être compliqué de dormir avec ta trottinette.."
Pour l'enfant, rien n'est compliqué.

"Tu ne peux pas téter papi mon coeur!"
Pauvre papi !



Et toi, quelles sont tes répliques mythiques?!



dimanche 6 septembre 2015

Du regard des autres.

9 mois. 
9 mois que mon silence fait un boucan colossal dans mes pensées. 
9 mois que je n'arrive pas à terminer une phrase. Que je ne sais pas par où commencer non plus. 
9 mois que ce clavier me fiche la frousse. 

Je reste impassible, immobile devant ce rideau blanc. Je fixe cette petite barre verticale tout en haut à gauche de l'écran qui clignote. Les heures passent. Les jours suivent. 9 mois. Je ne sais pas. Je ne sais plus. 
Une panne? Un manque d'inspiration? Le manque de temps? Pire.

La peur. 

Du regard des autres. 



Après une après-midi en famille, au moment de partir pour rentrer chez nous et après avoir fait des dizaines de bisous d'au revoir, Lou refuse catégoriquement de s'asseoir dans le siège auto. Elle se contorsionne, hurle, se débat, se raidit. Son angoisse est bien trop grande pour que je puisse entrer en contact avec elle et essayer de comprendre ce que j'ai pu louper. Elle ne m'entend pas. Elle ne peut faire autrement que de laisser tout son corps lâcher toute sa colère. Je continue de lui parler, tout doucement. J'essaye de la serrer contre moi. De lui expliquer, encore. J'essaye, en vain. Ses cris se noient dans ses larmes. 

Autour de moi, ILS sont là. Ils me scrutent, n'en perdent pas une miette. Spectateurs de mon échec, témoin de ma défaillance. Et là, le trac. Comme si j'étais sur scène. J'ai oublié mon texte, les projecteurs m'aveuglent, je me sens observée. Jugée. Mes pensées se bousculent. Je sais ce que je dois faire : continuer de l'écouter, de la considérer et rester bienveillante. Pourtant, la pression est trop forte. Mes yeux se noircissent presque malgré moi. Ma bouche se pince. Je n'ai aucune idée de ce qu'ils pensent, debout, face à moi. Je ne les vois pas vraiment. Je ne les regarde même pas. Je les subis. Une pensée revient sans cesse. Je n'arrive plus à l'ignorer. "Ils doivent se dire que je ne sais pas faire, que je ne sais pas être maman!" J'ai envie de leur aboyer que si, je sais! Que j'ai lu des livres, assisté à des conférences. Je suis même en train de préparer le concours d'éducateur. Des excuses... 

Pourquoi? Pour quoi? 

Finalement, je ne laisse plus le choix à Lou. Ma voix devient sévère. Je ne dois pas perdre la face. Je l'attache vite fait dans son siège et ferme la porte de la voiture pour étouffer ses cris. Pour étouffer ma honte. J'affronte enfin leurs regards, avec l'air désolée. Comme si je voulais qu'ils me pardonnent, qu'ils pardonnent ma fille. 

Le ridicule à son paroxysme. 

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C'est l'heure du déjeuner au Pigneroux, un village vacance dans le sud de la France. Je crève de faim. Lou a tété toute la nuit et n'avait donc pas faim à l'heure du petit-déjeuné. Je prépare le terrain depuis 2h. Si Lou n'a aucun problème d'appétit avec sa mamie-nounou, avec moi c'est une autre histoire. Le restaurant est noir de monde. Il y a de la musique et tout le monde parle très fort. Je choisis une table et propose à Lou de choisir entre la chaise haute ou le rehausseur. Elle me montre la chaise haute du doigt. On va au buffet prendre nos plats. Je lui dis que j'ai très faim et que je suis très contente de manger avec elle ! On s'assoit et je lui demande si elle veut manger seule ou si elle a envie/besoin que je l'aide. Le volume de la musique augmente. Elle tape dans ses mains, elle est heureuse. D'un coup, elle a envie de danser. Elle se met debout sur la chaise. La nuit a été mauvaise. Je suis épuisée et affamée. Je tape des mains aussi et lui dis qu'aussitôt le repas terminé, nous irions danser toutes les deux. Elle refuse de s'asseoir. J'explique que j'ai vraiment très faim et que je dois prendre des forces pour danser longtemps. Les négociations continuent. J'ai la tête qui tourne. Je suis tellement fatiguée.

Autour de moi, ILS sont la. Jetant un coup d’œil discret mais appuyé. Assis à table avec leurs enfants, immobiles, qui déjeunent tranquillement sans faire le moindre bruit, déjà depuis de longues minutes. Lou s'impatiente carrément. Elle veut danser et maintenant. Elle veut bouger, marcher, courir, faire "coucou" à tous ces gens. Elle me pousse avec sa main pour que mes bras desserrent l'étreinte. Fuit mon regard, relâche son corps, tord sa bouche...et hurle. Au moment où son pied touche le sol, son visage s'illumine de satisfaction. Elle se met à courir. Les autres enfants sont toujours assis. Ils ne mangent plus mais ne bougent toujours pas. Leurs parents me regardent, navré. "Oh le beau caprice! Faut pas vous laissez faire !" lâche mon voisin. "Non! Les caprices n'existent pas! Il y a trop de monde, trop de distractions. C'est un enfant, elle respire pour découvrir et jouer. Elle n'est pas faite pour rester des heures à table." Oui... C'est ce que mon corps tout entier voulait lui crier.

Mais mon cerveau, lui, est parfois un lâche. 

J'ai souris, hypocritement. J'ai hoché la tête, honteusement. J'ai filé dans notre chambre, Lou dans les bras. Je ne lui ai pas adressé un mot. Je ne lui ai pas expliqué pourquoi nous étions parties si vite. Je ne pouvais même pas la regarder. Un sentiment horrible venait de me transpercer le cœur : je lui voulais. "Puisque tu refuses que je mange, que je dorme, ou même que je vive, et bien on va rester la un moment et tant pis pour toi!" Et voila. Moi, la militante affirmée anti VEO*, j'avais plus que franchi la limite. Je n'ai pas pu m'excuser tout de suite. Je n'avais plus la force. Il n'y avait plus personne pour me voir, plus personne pour me regarder échouer avec ma fille. Échouer avec moi-même. Mais tout le monde était là, dans cette petite chambre perdue au milieu des Hautes Alpes, me chuchotant :

                                                "et maintenant, tu vas faire quoi?"


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Samedi après-midi, dans un supermarché. Je cherche une pièce à mettre dans le caddy. C'est l'été, il faut chaud. A Lou, je lui explique que l'on va faire quelques courses et lui demande si elle veut bien m'aider. Elle sourit de toutes ses dents. A peine rentrée, tout ce monde m’oppresse. Je n'imagine même pas ce que doit ressentir Lou face à toute cette exaltation.  J'ai prévu des gressins et quelques jouets. Elle veut s'asseoir. On se perd dans les rayons. On visite presque. Je n'ai pas fais de liste. Je ne fais jamais de liste. Je lui montre les fruits, les légumes. Elle veut toucher, sentir et parfois goûter. Son intérêt m'amuse ! Je lui parle des recettes que l'on va pouvoir faire ensemble. Les minutes défilent. Le caddy ne se remplit pas vite. Je me dis que ça serait dommage d'y passer tout l’après-midi. J'accélère un peu. J'ai du mal à me concentrer sur ce dont on a besoin. Je n'ai jamais réussi a faire deux choses en même temps. Mon budget est serré. Je compte dans ma tête. Les minutes défilent plus vite. Lou s’ennuie. Elle s'agite. Trop tard, j'ai perdu son attention.

Elle veut descendre et marcher. Il y a beaucoup trop de monde mais j'accepte à condition qu'elle reste près de moi. A peine posée par terre, elle part en courant. Je lâche tout et la suis. Je me mets à sa hauteur et lui explique qu'elle pourra courir au parc tout à l'heure mais qu'ici, il est important qu'elle marche avec moi. Elle rit. Je souris et lui fait un bisous. Elle se remet à courir. Moi aussi. Je la prend dans mes bras. Je réitère ma demande, je réitère mes explications. "Où j'ai foutu mon caddy?" J'ai oublié mon sling.

Autour de moi, ILS sont la. Pressés, fuyants mais pesants. "Pardon!" Oui, on est au milieu et on gêne. Ils n'ont pas que ça à faire, un samedi après-midi. Ils n'ont pas que ça à faire de voir une petite fille de 2 ans qui n'écoute pas sa mère. C'est définitif, Lou en a marre. "Allez, aide moi ! Regarde, tu me prends ces fraises?" Les fraises font un vol plané jusqu'au pied d'une dame. "Faudra les payer!" qu'elle me dit cette vieille peau. Bordel, ma patience, est restée au rayon "pâte, riz, semoule". J'ai les boules. Lou a réussi à choper le rouleau de sac plastique qu'elle s'éclate à dérouler dans sa presque intégralité. Et, de nouveau, je me sens prise au pièges des projecteurs. Mauvaise comédienne d'une pièce en trois actes sur "pourquoi l'éducation bienveillante ne fonctionne pas". Je suffoque. C'est vrai que je suis fatiguée en ce moment. C'est vrai que ce putain de terrible two se tape l'incruste depuis quelques mois déjà. Mais merde, je suis I am une maman ! Je suis cette administratrice de deux groupes Facebook et deux pages dédiés au maternage et à l'éducation bienveillante. Je suis cette mère membre de l'OVEO*. Je suis cette mère qui donne des conseils et apporte mon soutien à celles qui luttent, à celles qui se cherchent. Je suis cette mère qui pense à sa fille en 1er, qui se fiche royalement des autres, qui s'assume.

Et je suis cette mère qui ne sait plus, qui n'y arrive plus. 

Mes doigts s'enroulent autour de son tout petit bras. Ma main l'agrippe et mon bras la tire vers moi, brutalement : "STOP maintenant !" J'ai crié. J'ai crié avec ma bouche et avec mon corps. Ses yeux s’écarquillent. Elle me regarde mais ne me reconnait pas. Elle a sursauté. Je lui ai fait peur. Je n'arrive pas à la lâcher. Elle ne pleure pas. Elle attend. ILS sont toujours la. Je les imagine satisfait. Comme dans Le Horla, je deviens tarée et ma créature invisible à moi, c'est Les Autres. Tous les autres. Lou s'approche plus près et essaye de m'arracher mon débardeur. Elle veut téter. Elle tète toujours où elle veut, quand elle veut. Je suis accroupie, en sueur, et les seins à moitié à l'air en plein milieu de Carrefour, devant des dizaines de personnes qui ne perdent pas une miette de notre petit spectacle. "NON !" Voila, maintenant elle hurle. Je ramasse mon sac, remet mon sein dans mon soutien gorge, la soulève sans douceur du sol et m'enfuis vers la sortie.

Je suis restée un moment sur le parking, à côté d'une voiture qui n'était pas la mienne. A bercer Lou comme quand elle était bébé. A m'en vouloir terriblement de porter tant d'attention à des inconnus, dont je ne suis même pas sure de savoir ce qu'ils pensent réellement.

A me dire qu'il serait temps que ça change.

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"Ne fais pas ça, tout le monde te regarde!", "Tu l'allaites là? Devant tout le monde?",  "Mais que vont penser les gens si elle pleure trop fort?", "Tu n'as pas honte, on ne voit que toi" 



Depuis que Lou est née, depuis la toute première seconde, je suis la maman que je veux être. La seule que je puisse être. J'ai su que rien d'autre ne comptait plus que ce petit être et que personne n'arriverait à me faire flancher. J'ai assumé mes idées et je me suis battue pour les faire respecter. Je me suis même dis que cette assurance dans mes certitudes pourraient, peut-être, servir à d'autres. Que je pourrais partager mon expérience, mes idées, ma vision de la parentalité. J'ai découvert le plus bel objectif de ma vie, d'une vie : être maman.

Mais être maman, c'est être humain. C'est avoir des failles, des doutes, des peurs, des besoins. C'est être parfois trop fatiguée pour arriver à lâcher prise. Etre maman c'est accepter de faire des erreurs mais essayer de les comprendre pour pouvoir se remettre en question. 

Et être maman, c'est aussi se retrouver sous le feu des projecteurs, sans cesse observée, conseillée, jugée. Le perpétuel combat entre la bonne et la mauvaise mère, entre le choix de telle ou telle éducation.

Et d'un coup, notre bébé grandit. Ce qui était simple et évident ne l'est plus. Du tout. On se dit que ça va passer, mais ça ne passe pas. On se dit qu'en théorie on sait. Mais on ne sait plus. La fatigue prend le dessus, une fois et encore une fois. On devient vulnérable face à des regards que l'on devrait ignorer. On devient sensible à des remarques que l'on ne devrait pas écouter. On en vient presque à douter, ne serait-ce qu'une fraction de seconde, de nos certitudes.

Et alors, tout devient flou, incertain. Il y a une tornade qui souffle sur nos convictions, et elle s'habille en 3 ans. Une tornade qui dit "non" plus souvent qu'elle dit "maman". Une tornade qui nous pousse dans nos derniers retranchements, jusqu'au bout de nous. Ma fille grandit, moi aussi. Et c'est dur, pour nous deux. Prendre conscience que son enfant est tel qu'il est...et non tel qu'on l'imaginait.

Je pourrais prétendre manquer de temps pour écrire, mais ce n'est pas vrai. Je pourrais dire que c'est difficile d'être maman solo, bosser 40h/semaine, préparer un concours et tenir un blog, mais ce n'est pas vrai non plus. J'avais besoin de recul. J'avais besoin de comprendre d'où venait cette importance soudaine que je donnais aux autres, à leurs regards sur mes choix éducatifs. J'ai eu honte autant que j'ai eu peur. Je pensais manquer de crédibilité. Avais-je le droit de donner mon avis et de partager mes expériences, alors j'étais soudain prise au piège d'un sombre paradoxe. Et tu sais quoi? Je m'en fous! J'ai des choses à dire, des choses à partager. Et peut-être que c'est humain de rechercher l'approbation et l'acceptation. Peut-être que je ne suis pas la seule...

Ce que je sais, c'est que nos enfants, eux, n'en ont rien a carrer des gens! Ils s'en foutent de danser en plein milieu d'un restaurant juste pour le plaisir de danser. Ils s'en foutent de téter, devant une dizaine de personne. Ils s'en foutent d'oser hurler et pleurer parce qu'ils n'ont pas envie de quitter une fête. Ils s'en foutent de se lancer à corps perdu dans une partie de trappe-trappe, entre les caddys et les rayons d'un supermarché. Eux, ils vivent! Ils jouent, ils rient, ils pleurent, ils aiment! Peu importe qui les observe, peu importe ce que l'on pense d'eux, peu importe l'image qu'ils renvoient. Mais pour combien de temps encore? A quel moment et pourquoi, d'un coup, l'avis des autres devient important? A quel moment Lou ne va plus vouloir danser pour ne pas que l'on se moque d'elle? A quel moment Lou ne va plus vouloir être qui elle est vraiment, pour ne ps être jugée? Et si c'était nous, leurs modèles, leurs exemples, leurs parents, les fautifs?

Nous, qui faisons attention, sans cesse, à ne pas se faire remarquer, à ne pas déranger, à ne pas être "trop" ou "pas assez"? Est-ce qu'être différent et l'assumer nous empêcherait vraiment d'être accepté? Aimé?
Moi, qui n'ai jamais douté, ni un seul instant, de la nécessité de la bienveillance absolue dans l'éducation, mais qui, par peur d'être cataloguée "incapable" ou "laxiste", ai fini par accorder plus de crédit au regard d'une vieille peau outrée que je puisse consoler mon enfant en colère.

Aujourd'hui, c'est une promesse. La promesse de prouver à Lou qu'il faut vivre, sans retenue, sans s'effacer, sans craindre le regard des autres. Je lui montrerais que s'accepter est plus important que d'être accepter et que ses idées et ses croyances ont tout autant de valeurs que celles des autres.

Je veux encore que Lou court, à toute allure et même en plein milieu de carrouf, le sourire aux lèvres et les yeux illuminés. Et je veux courir avec elle!
Je veux encore que Lou danse, à en avoir la tête qui tourne et en riant, à en avoir mal au bide. Et je veux danser avec elle!
Je veux encore que Lou ai suffisamment confiance en moi pour vivre sa colère, crier, hurler et taper des pieds. Et je veux la serrer contre moi et l'aimer!
Je veux encore allaiter Lou, partout où elle veut et devant n'importe qui.

Je veux ignorer les autres, leurs regards, leurs critiques et agir comme cela me semble juste. Je veux écouter mon cœur et non cette petite voix dans ma tête qui me siffle des "tout le monde te regarde" en boucle. Je veux encore écrire sur la parentalité, même quand je ne sais plus être parent.


Je veux ressembler à ma fille, libre et heureuse. 
Je veux être MOI, autant qu'elle est ELLE ! 




*1 : VEO (Violence Educative Ordinaire

*2 : OVEO (Observatoire de la violence éducative ordinaire)


mercredi 19 novembre 2014

Quoi d'neuf bébé #5


Un matin, elle se réveille, se lève, allume la lumière et prend un jouet. Je dis rien, je la regarde, je reste couchée, stoïque. 10, 15mn plus tard, je suis toujours stoïque et elle en a marre de jouer seule. Elle m'apporte mes chaussons et me tend la main avec l'air de dire "lève toi maman!", un grand sourire aux lèvres. Y a pas à dire, sa chambre d'inspiration Montessori à changer mes matins! 

Jouets à sa portée et cabane avec boules de couleur.
Lecture sous l'arbre !





































Bref, elle a 15 mois et moi j'ai pas vu le temps passer. J'ai bien vu combien elle apprenait vite, comment elle changeait de jours en jours. Elle met sa couche à la poubelle, se déshabille seule, m'aide quand je l'habille, elle appuie sur le (ou les...) boutons de l'ascenseur, se savonne (presque) seule, etc. Elle a de plus en plus de facilité à exprimer ses émotions. Elle sait me faire comprendre quand elle est en colère. Elle sait aussi me serrer entre ses tout petits bras et me faire des dizaines de bisous. C'est un délicieux régal de l'accompagner dans cette découverte!

Je suis ce qu'on appelle une maman solo depuis maintenant 4 mois et ma plus grosse peur a été de ne plus être autant proximale que je l'avais été toute sa 1ère année.
 
Comment allais-je pouvoir concilier les nuits hachées, en cododo, rythmées par ses nombreuses tétées nocturnes et le boulot?
Comment allais-je pouvoir lui apporter tout le réconfort de ma présence en étant absente 4 jours par semaine, 11h par jour?
Comment allais-je pouvoir assumer (et assurer)seule, le quotidien tout en restant maternante?


Je me souviens de ce mois de juin et des valises que je remplissais. Je me souviens lui avoir demander d'attendre, complètement dépassée par la situation, quand elle a eu envie d'un câlin, maintenant, tout de suite. Je lui ai dis que maintenant, je ne pourrais plus faire tout, tout de suite. Puis je me souviens de son regard. Je me souviens du mien. Je me souviens de ce face à face. J'ai tout posé et je l'ai pris contre moi. J'avais tord. 

 "Il n'y a pas d'autres urgences que celle d'aimer". 

Tout peut attendre. La vaisselle, le ménage, ce coup de téléphone, ce livre. Elle ne sera pas un bébé toute sa vie, elle ne sera pas dépendante toute sa vie. Je me suis promis que rien ne changerait. Et rien n'a changé.

Alors oui, je ne vis pas dans un musée et à l'heure où j'écris le début de ce billet je n'ai toujours pas débarrassé la table... du gouter et il est 22h ! Mais je l'ai entendu rire et j'ai ris avec elle. J'ai joué plus d'une heure dans le bain et je l'ai regardé être heureuse. Je suis restée couchée près d'elle bien après qu'elle se soit endormie et je l'ai écouté respirer.


J'ai du me résoudre à ne plus partager toutes ses journées. Ce fut affreux. Ça l'est toujours, chaque matin, chaque seconde. Avant, quand je devais me lever, je mettais le réveil 30 minutes plus tôt histoire de savourer encore un peu mon lit. Aujourd'hui, mon réveil sonne toujours 30mn plus tôt mais c'est pour la savourer ELLE. Instinctivement, elle se rapproche de moi et tète. Elle se rendort alors profondément et je me lève. Puis super-mamie-nounou prend la relève. Elle se lève tous les matins à 6h, prend le volant et nous rejoint chez moi, juste pour s'allonger à coté de Lou dès que je me lève, pour qu'elle ne se retrouve pas seule dans ce grand lit. Et là, je mesure la chance qu'on a, Lou et moi, d'être autant entourée d'amour! Super-mamie-nounou a respecté chacun de mes choix et m'a toujours soutenue. Elle pratique la DME, la ML (même si son coeur s'arrête 10 fois par jour!), le cododo, la bienveillance et l'amour inconditionnel. Elle fait de son mieux et plus encore.
Il n'y a pas de mots assez beaux pour lui dire toute ma reconnaissance.
À part, peut-être, "je t'aime maman!"



Lou n'a eu aucun souci d'adaptation. Elle n'a pas pleuré, même le 1er jour. J'ai expliqué encore et encore, je lui ai dis que notre vie serait différente mais pas moins bien. Je lui raconte mes journées dans les moindres détails. Je sais qu'elle m'entend même si elle a l'air de ne pas m'écouter. Je lui dis que quand maman n'est pas là, super-mamie-nounou la protège.

Et papi-rockeur n'est pas en reste ! Tous les dimanches, c'est éveil musical. Papi-rockeur à la guitare et Lou a la flûte, à l'harmonica, au tambourin ou au chant ! Il adore lui expliquer comment marche les choses et à quoi elles servent. Et les-grosses-joues n'en perd pas une miette ! Elle est fan de son grand-père. C'est super-mamie-nounou qui est limite jalouse quand Lou se jette dans ses bras plutôt que dans les siens !

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En presque 5 mois j'ai vu tellement de changement. Je l'ai vu s'apaiser autant que je me suis apaisée moi. J'ai réalisé a quel point j'étais tendu avant, à quel point l'atmosphère n'était pas douce, pas tendre. Nous, parents, nous sommes transparents pour nos enfants. Maintenant, elle a une bulle d'amour autour d'elle!

6 jours après sa 1ère bougie, Lou s'est mise debout seule et a avancé vers moi, les deux bras en l'air, sans me quitter des yeux. Je n'ai eu aucune réaction. Je l'ai juste regardé et le temps s'est simplement arrêté. C'est une amie, présente ce jour là, qui m'a réveillé de ma stupéfaction en me disant "Heu !!!! Mais là en fait, elle vient de marcher!"
Je l'ai serré si fort, entre les larmes et le rire bête. Ma boule de bébé, ma bouille d'ange, ma poupée jolie. J'avais si peur de louper tellement de choses. J'ai toujours aussi peur. C'est terrible de ne pas être présente à chaque seconde. Juste terrible.

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Il a fallu que je lui achète des chaussures pour nos promenades en extérieur. Après avoir lu quelques articles sur le sujet et sur les conseils de notre ostéopathe, j'ai opté pour une paire aux semelles très souples, sans voute plantaire et légère. J'ai trouvé mon bonheur sur le site "petits pas de géants". 
« La marche est un effort de collaboration exigeant la communication constante entre le cerveau et les pieds. Les nerfs situés sous le pied sentent le sol et envoient des signaux au cerveau qui l’aident à déterminer comment et où le poids du corps devra être réparti pour un bon équilibre.
Les chaussures changent cette communication avec le cerveau, et plus la semelle sera épaisse et rigide, plus le message sera nul.
Les chaussures ne sont pas nécessaires pour l’appui et le développement de la voûte plantaire, elles se doivent seulement de protéger les pieds contre un environnement agressif. »




Le chapitre de la motricité libre se clôt (presque) ici et je suis heureuse de lui avoir offert la possibilité de découvrir son corps par elle-même. Aujourd'hui, je frôle l'attaque cardiaque à chaque fois qu'elle tente un truc un peu...audacieux. Je ne lui montre pas ma peur, je l'encourage et me tient assez proche pour intervenir.

Rappel des faits
A ses 3 mois, je découvre la ML et ne la force plus a rester dans une position qu'elle ne maitrise pas. Je lui fais confiance et respecte son rythme. Ce fut dur les 2, 3 premières semaines car elle était habituée a rester dans positions qu'elle aimait bien. Puis, elle a vu qu'elle pouvait faire tout ça seule, et cette liberté lui a beaucoup plu.
 
4 mois : elle passe du ventre au dos et du dos au ventre.
6 mois : elle rampe en mode "Il faut sauver le soldat Ryan"
7 mois : elle marche à 4 pattes. Elle apprend du coup à s'assoir. Elle sort aussi ses deux premières dents. Autant vous dire que les nuits à ce moment là n'étaient pas super fun...
8 mois : elle se lève en se tenant aux meubles et, grâce à la DME, elle développe une super motricité fine. Elle est capable d'attraper de tout petits objets entre son pouce et son index. Le peu de tranquillité qu'il me restait disparait totalement. 
10 mois : elle marche en se tenant aux meubles.
11 mois : elle monte seule sur le canapé et sur tous les petits meubles.
12 mois : elle fait ses 1ers pas.
15 mois : elle court, grimpe presque partout, descend les escaliers en se tenant à moi, etc.

J'ai par contre continué a lui apprendre la LSF (langue des signe française). J'ai eu des moments de découragement ne voyant rien venir. Vers 11 mois, elle a appris à dire "non" de la tête. Puis "oui". Elle tendait aussi son index vers ce qu'elle voulait. Et un jour, elle a porté sa main a son oreille, le signe pour "dodo". Surprise et confuse, j'ai voulu vérifier : "Lou tu veux faire dodo?" Elle m'a dit "oui" de la tête. Quelle fierté! Depuis, elle sait signer "merci", "téter", "pardon" et "donne" et "manger". Je lui apprend "s'il te plait", "encore" et "bobo". Elle ne parle pas encore  (à part "maman", "dodo" et "tac") alors c'est merveilleux de pouvoir communiquer avec elle de cette façon! Quand, un matin, les yeux encore fermés, elle a fait le signe de "téter", j'ai eu des papillons dans le cœur!

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L'arrêt de l'allaitement n'était pas une option pour moi. Je voulais absolument garder ce lien lacté avec elle. J'ai lu encore et encore pendant les 2 mois d'été pour me préparer au mieux. J'ai acheté un tire lait et fait quelques réserves au congelo. Je n'ai eu besoin de tirer mon lait que 2 ou 3 fois. Lou est diversifiée. Super-mamie-nounou lui donne des yaourts de brebis ou du fromage de chèvre au petit déjeuner et au déjeuner la semaine et le mercredi et le weekend, c'est nichons à volonté. Ma production s'est adaptée, le plus naturellement du monde.Quand je rentre du boulot, je m'enlève le soutien gorge dans l'ascenseur car je sais qu'elle va me courir dans les bras à la seconde où je vais ouvrir la porte et vouloir téter tout ce que je lui ai manqué. Et cet instant la, il est magique. C'est plus qu'un câlin, c'est plus que des retrouvailles. C'est comme si on se découvrait pour la première fois, encore et encore! Et quand on regarde ma fille qui tète en lui disant "Tu es bien grande pour téter encore !" je réponds pense "Tu es bien con pour être encore en vie !"

Plus Lou grandit, plus je me bats au quotidien contre une douce violence. Une violence pas toujours méchante mais destructrice. Une violence qu'on n'oublie pas. Celle qui fait rire les adultes et qui marque à vie l'esprit de nos enfants. Celle qui, sous couvert de grands principes éducatifs, emprisonnent et humilient nos enfants. La violence éducative ordinaire. Elle est ordinaire peut-être mais pas anodine!

Non, Lou ne pue pas. Sa couche, si.
Non, Lou n'est pas gourmande. Elle a de l'appétit.
Non, Lou n'est pas sale quand elle mange.
Non, Lou n'est pas sage parce qu'elle dit "bonjour".
Non, Lou n'est pas timide lorsqu'elle refuse les bras de quelqu'un d'autre.
Non, Lou n'est las feignante, même si elle ne veut plus marcher et demande a être portée.
Oui, Lou est jolie même quand elle pleure.

Ça peut paraitre dérisoire mais pas pour moi, pas pour elle.

Imaginez que l'on vous dise, dès demain et tous les jours d'après, que vous êtes une grande timide. Ne finiriez-vous pas par croire que vous l'êtes vraiment? Puisque tout le monde à l'air de s'accorder pour vous taxer de ce "défaut"...

Lou est qui elle est. Elle se sera pas ce qu'on la forcera à être. Elle apprend, elle découvre. Elle expérimente le monde. Les émotions qu'elle ressent ou nos réactions font partie de ce monde.
 
                                    
                                                                  Je veux que Loi soit libre!



Je réfléchis toujours avant de parler. C'est pas naturel. Mais la bienveillance, ce n'est pas innée, ça s'apprend, ça se travaille. C'est vraiment pas simple tous les jours. Il faut du courage pour faire taire nos vieux démons. Ces démons camouflés dans des phrases dites et répétées par nos mères, nos profs et la vieille voisine a qui on a rien demandé et qui ont bercé notre enfance et notre adolescence. Ceux qui sont déguisés en principes éducatifs souvent barbares. Oui c'est barbare de traiter nos enfants sans se préoccuper de leur ressentis, sans se demander si nous, adultes, accepterions d'être ainsi malmenés. Car le 1er qui me dit "t'es pas belle quand tu pleures" il se mange un aller retour direct. Il faut faire attention a ce qu'on dit a un enfant. Il faut s'écouter parler. Il faut réaliser que ce n'est pas anodin!
Comment espérer de nos enfants du respect quand nous leur enseignons juste l'inverse?
Comment faire comprendre à nos enfants que la violence ne résout rien à coup de tape sur la main?
Comment apprendre à nos enfants à gérer leurs émotions si ne savons pas gérer les nôtres?
C'est là tout de la paradoxe d'une éducation qui ne fait que forger des petits soldats, bien dressés.

Violence éducative ordinaire, fessée, punition, humiliation, voilà comment on éduque nos enfants aujourd'hui. 



On les frappe pour les rendre fort alors qu'il n'y a rien de plus lâche que de lever la main sur son enfant. Lâche et dangereux. C'est perdre le contrôle. Quel parent à un jour frappé son enfant parfaitement calme? Qui peut se vanter de connaitre exactement ses limites? Comment savoir qu'on ne donnera jamais la claque de trop, celle qui laisse des traces, sur la peau et dans le cœur?

Alors, oui, je réfléchis à mes mots, à mes gestes. J'ai souvent besoin de me contrôler car être maman, c'est loin d'être simple. Quand je commets une erreur, je demande pardon, instantanément. Je ne suis pas parfaite et ne le serais jamais. C'est bien pour ça que je cherche, que je lis, que je me renseigne. J'ai, entre les mains, la vie d'une petite personne. Ce n'est pas parce que c'est ma fille, que je sais tout et tout faire. Ce n'est pas parce que c'est ma fille, que j'ai tous les droits. J'ai surtout un devoir : la rendre épanouie, bien dans sa peau et dans sa tête. Je dois lui montrer l'exemple! Je me poserais toujours des questions sur l'impact qu'une phrase peut avoir sur la perception qu'elle a d'elle même. Je le ferais aussi demain, et les jours d'après.

Même une toute petite phrase compte. Même un tout petit mot. Même un tout petit regard.

On dit que nos enfants sont nos miroirs. Alors que voulez-vous voir dans le reflet? Moi, je veux y voir le meilleur de moi ! Je ne veux pas y voir mes erreurs ou celles que d'autres ont commises. Je ne veux pas y voir mes faiblesses et ma lâcheté.
 Je veux que Lou soit libre des mes démons et de VOS démons. 


mercredi 5 novembre 2014

Quoi d'neuf maman? #1

C'était pas gagné. Loin de là. C'était 6 ans de ma vie, c'était une famille, c'était surtout des promesses. C'était Elle, la bouche de son père et mes yeux. C'était cette impression d'avoir échoué, d'avoir raté.

Au début j'ai cru que ça serait dur. Beaucoup trop dur pour mes épaules abîmées.

Au début, j'ai eu du mal à écrire, à raconter. J'ai pris mon temps, pour trouver mes marques.

Et puis tout s'est si bien enchaîné, tout s'est simplement mis en place, jusqu'à ce que l'évidence prenne le dessus. L'évidence que tout se passe juste comme cela devait se passer. L'évidence que ma vie suit le bon chemin.

4 mois plus tard et je suis juste heureuse. Heureuse du chemin parcouru et fière aussi.

Heureuse, simplement en fait.

Le 2 juillet, soit le lendemain de mon retour en France, je trouve un travail dans l'éducation nationale. J'ai deux donc deux mois devant moi pour nous préparer, Lou et moi, à tous ces changements. Je renoue avec d'anciens amis, ceux qui ont résisté à la distance. Je rencontre de nouvelles personnes, on participe aux réunions LLL, on prends du temps pour nous. Et aussi du temps pour moi, pour me retrouver.

A Lou, je lui raconte, je lui parle, je lui explique. Ma fille ressent chacune de mes émotions. Je la trouve souriante, sereine, calme. Je le suis, moi.

Pauvr' Sophie...


Plus les jours passent, et plus je sais pourquoi ça n'a pas marché, "mon ex" et moi. Je sais que je n'étais pas heureuse, pas libre. Prisonnière d'un amour destructeur. Plus les jours passent et plus je sais aussi que cet ex là est surtout un super papa, qu'il fera tout ce qu'il peut pour sa fille et que c'est bien tout ce qui compte.

Plus de rancœur, plus de colère, plus d'incompréhension. Nos échanges sont presque doux. On se revoit pour la 1ère fois depuis notre rupture pour les 1 an des grosses-joues. On rit ensemble, on joue avec Lou, on discute, on cododote tous les trois, le plus simplement du monde. Lou est aux anges de voir son papa et elle ne semble pas perturbée. Les enfants savent, les enfants comprennent.

Smash the cake !
Bientôt, un billet sur la journée de sa 1ère bougie !

Lou sait, j'en suis convaincue, qu'elle manque terriblement à son papa. Il voudrait venir plus, il voudrait se réveiller encore chaque matin face à sa gueule d'ange qui sourit. Mais voilà, 1500 km les sépare. Pas besoin de se torturer quand il est impossible de faire autrement pendant quelques mois, quelques années. Pour l'instant, je ne peux pas vivre en Espagne ; il ne peut pas vivre en France. Alors il lui chante leur chanson via Skype, il lui murmure des mots doux au téléphone, il se régale avec les photos/vidéos quotidiennes que je lui envoie.

Et moi je compose au jour le jour, je compense, je l'inclue dans sa vie de tous les jours. Papa par ci, Papa par là. Et je mets de côté la culpabilité et la tristesse de voir Lou grandir sans son père présent au quotidien. Il vient une fois par mois, nous dormons tous les trois, nos grosses-joues au milieu, une jambe sur papa, un bras sur maman. Il lui caresse la tête quand elle tète, il la couvre de bisous et lui répète combien il pense à elle chaque seconde. Non, nous ne nous mentons pas. Nous ne lui mentons pas. Nous vivons simplement notre rupture, sereinement. Nous ne faisons que ce que nous savons faire de mieux : aimer notre fille. Et nous le faisons comme nous l'avons toujours fait : sans retenue, sans barrières.

Aujourd'hui, je suis quand même fière de nous. Il existe toutes sortes de familles. Même si aux yeux de tous nous n'en sommes plus vraiment une, nous restons NOUS, unis, solides et solidaires. La seule chose qui restera toujours important pour moi car c'est ce qui est important pour Lou. A travers ce billet, je voudrais lui dire "merci". Il saura pourquoi.

La vie c'est ça aussi. C'est prendre le meilleur et laisser de côté un idéal souvent impossible. J'ai pleuré toutes mes  tripes quand il a fallu partir ce 1er septembre pour laisser ma boule de bébé de si longues heures. J'ai pleuré tout mon être quand j'ai réalisé, presque trop tard, que je ne serais plus à ses côtés chaque jour, chaque seconde.



Qu'on ne me dise pas que c'est normal de laisser son enfant pour bosser. Qu'on ne me dise pas que c'est logique et sain.
Qu'on ne me dise pas non plus que c'est bon pour bébé, que nous ne sommes pas QUE des mamans.

Je suis Coralie. Mon métier ne me défini pas et ne me rend pas libre. Mes seins ne me rendent pas plus féminine. Ma fille n'a pas fait de moi JUSTE une maman. C'est ce que j'aime, ce que j'ai vécu, ce que je pense qui fait de moi ce que je suis. Pas le fait de travailler ou d'être maman au foyer.

Non. Travailler ne me fait pas plus de bien que de rester avec ma fille. Non. Je n'ai pas besoin de passer 10 heures par jour loin d'elle. Pour moi, la normalité, c'est d'accompagner l'enfant a qui j'ai donné la vie aussi longtemps que nécessaire. Pour moi, la logique, c'est d'attendre que cet enfant se détache de lui même. Pour moi, la séparation forcée n'a aucun bénéfice, aucun avantage. Voila ce que JE pense, voila ce qui ME défini. Ma normalité, ma logique, mon désir.

Alors forcément, ce 1 septembre, j'étais loin d'être jouasse... Mais je me suis forcée à sourire. Je me suis répétée tout le long du trajet "c'est pas gagné mais ça ira".



"Je trouve un travail dans l'éducation nationale". Je suis Assistante d'éducation dans un collège des quartiers nord de Nice. Une Zep. Je suis surveillante en fait. Pionne, quoi. Et j'adore.

Pendant l'entretien, j'ai parlé "éducation bienveillante", "parentalité positive". "Ils vont te bouffer mais tente-le". Et je l'ai tenté. Et même que ça marche. Je ne crie pas, je parle. Je ne punis pas, j'écoute. Et ma meilleure arme, c'est l'humour!

J'adore ce contact avec ces gosses, oubliés par la chance. Car c'est clairement ça. Du collège, ils ont vue directe sur leurs tours. Et de leurs tours, sur les voitures de flic qui patrouillent. Pour la grande majorité, il n'est pas franchement question de maternage proximal chez eux. Et l'amour, c'est après. Quand les factures seront payées et le frigo remplit Les 1ères semaines, je rentrais vidé d'avoir tellement donné. Oui je "m'emmerde" à essayer de communiquer avec eux, je "m'emmerde" à les écouter.

J'aime ce que je fais, j'aime me dire que, peut-être, je ne suis pas inutile pour eux et que je peux les aider à trouver leur place. Ou du moins, à la chercher.

Je vais laisser mes grands projets pro de côté pour une année, histoire de bien me laisser le temps de choisir ce que je veux vraiment faire. Je suis en CDD renouvelable 6 ans. Je n'abandonne pas le métier de doula, au contraire. J'ai même l'idée d'une association de maternage dans la tête. Mais je suis aussi très tenté par la possibilité de passer quelques concours pour travailler avec des ados. Je laisse ma bonne étoile me guider car, de toute évidence, elle me suit de près.



C'était pas gagné. Ça l'est jamais. C'est jamais facile, jamais évident. C'est juste la vie. C'est tout simple en fait. Il suffit d'y croire un peu, de sourire même quand tout nous pousse à pleurer, de se battre pour soi.

C'est le plus beau des combats.

Maintenant, je vis chez moi. Notre chez nous, à Lou et à moi. Repartir de 0, ça a du bon. Voila presque un mois que je sillonne les rayons d'Ikea, Casa, Maxi Bazar, Leroy Merlin. J'aime mon appart. Il est vide de souvenir et ne demande qu'à entendre des rires ! Je me suis éclatée à décorer la chambre des grosses joues. Elle à l'air de l'adorer. On se construit une nouvelle vie et dans sa chambre trône quelques photos de nous 3, elle, son papa et moi. Parce que ça, ça ne changerais jamais. Nous serons toujours ses parents.

Plus de photos dans le prochain "Quoi d'neuf bébé?" #5

Je pourrais me plaindre que c'est difficile d'assumer le quotidien seule. Supporter seule les mauvais moments et vivre seule les meilleurs.
Je pourrais répéter combien je suis fatiguée de ces (putains de) longues journées et de ces nuits trop courtes.
Oui, c'est difficile. Oui, je suis fatiguée. Mais je suis MOI. Je ne l'étais plus. Je me cachais derrière les "il faut", les "on doit". Je me cachais derrière un amour si puissant que je le pensais, je le rêvais indestructible. A tord.

Maintenant je sais, ma seule obligation c'est d'être heureuse !

Et c'est uniquement lorsque je le suis que Lou l'est.

C'est plus dur de ressasser et de cogiter que d'accepter. C'est plus dur de souffrir que d'avancer. On ne vit pas avec la colère et la culpabilité. On survit à peine ! Moi je veux vivre et rire et rêver et espérer et grandir !


Je ne recommence pas ma vie, je la continue, je l'améliore, je l'embellis. Je souris ! 
Et je blogue !

 


- A suivre - "Quoi d'neuf bébé? #5" avec au programme : motricité libre, langue des signes, VEO (Violence Educative Ordinaire), sommeil, Montessori, activités, etc.